dimanche 19 août 2012

Going mad

Hello l'ami,

Today I'm fuckin' tired. Ras le bol, de tout plein de trucs. Je suis en train de devenir dingo ! Hahaha ! C'est amusant et terrible à la fois : je suis en train de glisser sur une pente non pas savonneuse, mais visqueuse et chatouillante.


En fait, je suis bourrée de contradictions. Tu vois. Un jour je dis "merde à l'autorité, y'en a marre d'être des larbins !" et le lendemain, une fois que j'ai expérimenté le plus profond d'une vie de rébellion et d'autonomie (somme toute toute toute toute relative), je crie "bordel ! ce que j'aimerais être un pion comme les autres, au moins on me foutrait la paix". Tout ceci doit te sembler bien rigolo, hahaha ! Oui, je n'en doute pas.

En fait, comment te dire ? Je n'ai plus trop le choix. Enfin si, il me reste le choix entre :

1- continuer comme ça et mourir de faim dans approximativement trois ans, si jamais je parviens à acquérir suffisamment de sagesse pour distiller de l'empathie partout autour de moi.

1'- si je n'y parviens pas (ce qui est tout à fait possible), mourir dans approximativement sept mois d'un arrêt cardiaque après m'être énervée une énième fois contre un des nombreux "représentants du système" tels qu'on les connaît (personnel administratif de structures diverses censées nous aider à nous insérer dans la société), lassée de voir à quel point ils ne comprennent rien ou ne se donnent pas les moyens de comprendre une once de ce qu'on leur raconte sous prétexte qu'on ne rentre pas dans leurs cases.

2- me conformer à ce que l'on attend de moi, et mourir dans approximativement soixante ans de vieillesse, totalement désabusée et ridée après avoir cotisé et capitalisé tous mes trimestres, lesquels me permettront peut-être (!!!) de m'offrir un peu de répit, dont je ne pourrai pas profiter à cause de mon cancer, d'Alzheimer ou de ma névrose.

Le fait est qu'aujourd'hui, je bosse comme une malade. Hahaha, tu ne le croyais pas ?! Eh bien si ! En fait, mon dernier jour de repos était le 11 mai de cette année, et le prochain sera le 17 septembre. Soit 129 jours consécutifs de travail, soit 18 semaines et demi, soit plus de 4 mois non-stop, sans un seul petit jour de repos. Et puis, quand je dis 129 jours... Ce ne sont pas 129 jours aux 35h hebdomadaires, vois-tu, non, on tourne plutôt autour des 13-14 heures quotidiennes (je ne parle là que des heures sur le terrain, parce que c'est bien connu, quand on est chez soi, au téléphone ou devant l'ordi à faire de la compta ou de la facturation, ce n'est pas vraiment du travail). Des semaines de 90 heures, quoi. Au bas mot. De quoi péter un boulard. Je ne sais même pas si c'est légal de s'auto-infliger un tel rythme.

Mais si ce n'était que ça, ça irait... Non, vois-tu ce qui me fatigue, ce sont tous ces gens, qui ne comprennent pas. Ce n'est même pas ce que je leur demande, en fait. Comprendre, ça reviendrait à le vivre et je ne le souhaite à personne. Non, tout ce que je leur demande, c'est de ne pas m'emmerder. Mais même ça ils n'en sont pas capables.

Au quotidien, je suis principalement confrontée à des gens de deux horizons diamétralement opposés, dont les objectifs à mon égard sont bien différents aussi : me demander des services (et me payer pour ça), et me demander des comptes (et me voler de l'argent pour ça). L'équilibre entre les deux est un peu compliqué à trouver, surtout quand le temps manque.

Alors les premiers, que j'appellerai les consommateurs, me payent pour que j'exécute une prestation pour eux. Ce sont précisément ces gens qui ont dévoré tout mon temps depuis le 11 mai, mais ils me rémunèrent, donc je ne peux que difficilement leur en vouloir*. Après tout, il faut bien bouffer, et puis surtout, il faut bien gagner un peu d'argent pour rendre des compte aux seconds, que j'appellerai les emmerdeurs, qui, bien loin de me croire quand je leur dis, la gueule noire de cernes, que je travaille, me demandent en prime de décoincer encore quelques heures dans mon emploi du temps pour faire des démarches leur permettant de me faire entrer dans une de leurs cases. Parce que si je n'entre pas dans leurs cases (ce qui n'est pas défendu par la loi, soit dit en passant), ces gens là doivent sans doute rendre des comptes à leurs supérieurs hiérarchiques et ça, ils n'aiment pas. Ils préfèrent donc de toute évidence jouer le rôle de supérieur hiérarchique avec les gens et leur demander des comptes.

*Je reviens sur les consommateurs, et je rectifie un peu mes propos : je peux quand même leur en vouloir parfois (pas à tous, heureusement !), quand en plus de manquer totalement de respect à la professionnelle, ils manquent aussi de respect à la personne que je suis. Je n'ai que deux mains (encore heureux que j'aie les deux, ce n'est pas le cas de tout le monde), deux bras (idem) et deux jambes (idem), et il n'y a que 24 heures dans une journée. Moi aussi, j'ai besoin de me nourrir et de dormir, et non, cher consommateur, tu n'es pas le seul sur mon planning. Et quand je dis que je n'ai plus de possibilités pour le 15 juillet, c'est que je n'en ai plus, même si pour toi il ne s'agit "que" de réaliser exactement le même prestation que pour tous les autres consommateurs.

Bon, allez, j'arrête un peu de me lamenter. Et là tu vas rire ! Parce que dans tout ça, je trouve encore le temps, déjà d'écrire sur le blog, ce qui relève du miracle (bien qu'aujourd'hui ma journée ne soit blindée qu'à hauteur de 8 ou 9 heures de boulot, de la rigolade donc !) mais surtout de trouver le temps de m'énerver contre ces gens qui eux, se la coulent douce. Et c'est là que j'ai besoin d'aide, parce que je suis en train de devenir une espèce de saloperie vivante, un genre de mante religieuse agnostique et communiste qui ne supporte pas son propre sort mais qui fulmine contre le sort de tous les autres qui en font moins que moi.
Enfin, pas exactement : je peste contre tous ceux qui en font moins que moi (en fait, beaucoup de gens) et qui me regardent, les yeux vides et incrédules, en me disant qu'ils sont fatigués ou débordés. C'est une déformation qui remonte à loin ! Je crois que petite, j'ai été conditionnée : on a dû me broyer dans une sorte de mixer pour me ressortir toute décomposée, et que depuis, j'ai gardé cette foutue habitude de ne pas m'accorder une seconde de répit, trop coutumière de cette époque où j'ai dû, pendant de longues heures, m'affairer à me reconstituer, splash de bouillie par splash de bouillie.
Quoi qu'il en soit, je suis devenue vraiment aigrie et gare à toi si tu me croises et que tu ne fais rien alors que je m'affaire depuis des heures à bosser comme une dératée : je risque de te détester, au moins de façon passagère. Sauf si tu as la sympathie de me proposer ton aide. J'apprécierai l'attention et pour te le faire comprendre, déclinerai gentiment l'offre, heureuse de te laisser vaquer à tes oisivetés. Après tout, tu n'es pas responsable de cette situation.

Et puis allez, zou ! Puisque je suis lancée, je pète mon coup de gueule contre toutes les feignasses de la Terre, tout ces gens qui sont débordés dès qu'ils ont plus de deux choses à faire dans leur journée, si vous me lisez : vous m'énerveeeeeeeeeeeeez !!!!!!!!

Comme quoi il y a vraiment de tout dans ce monde. Loin de moi l'envie de devenir une espèce de tyran diabolique, mais il y a deux poids, deux mesures. J'aime bien quand des gens me disent, d'un ton mielleux et faussement flatteur (la courbette n'étant qu'une diversion permettant de camoufler sa propre flemme et sa culpabilité) : "mais tu sais, tout le monde n'est pas aussi courageux que toi", mais ça ne résout rien ! Si je peux enquiller pendant 129 jours d'affilée, pourquoi d'autres personnes ne pourraient pas le faire ? Hein ?
Alors, pendant au moins 129 jours à compter du 17 septembre (ce qui nous mène au 23 janvier, tout de même), je ne veux entendre personne me dire qu'il a eu une semaine trop fatigante. Une semaine fatigante, ça veut déjà dire qu'il y a un week-end pour séparer une semaine de la suivante. Un week-end... ou même un jour, un seul jour, un unique petit jour de repos... j'attends ça depuis 101 jours !

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