Mourir en paix - RIP

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chien molosse mastiff kikekwa

Face à la mort, le droit d’euthanasie est la grande différence entre l’homme et l’animal. Face à la volonté d’un propriétaire financièrement désœuvré ou obligé de déménager vers un "no animal’s land", face à un animal atteint d’une zoonose transmissible à l’homme ou présentant un agressivité prédatrice, face à l’irréversibilité d’une maladie ou en présence d’un polytraumatisé incapable de récupérer ses fonctions essentielles, et en l’absence de solution alternative, l’euthanasie est ou doit être envisagée par le vétérinaire traitant.

L'euthanasie des animaux, un sujet sensible

Parler d’euthanasie sans placer celle-ci dans son contexte rationnel, c’est remuer des mots, faire des phrases qui ne consoleront personne mais qui alimenteront une fois encore la polémique dans le milieu de la protection animale. Avouez quand-même qu’à cause de l’euthanasie, du tatouage, du commerce animalier, etc, la guerre éclate chaque fois et c’est toujours et uniquement l’animal qui trinque. Parler d’euthanasie est complexe et délicat. Pour être impartial et objectif, il faut tenir compte de la relation existant entre le propriétaire et l’animal, tenir compte de l’éthique, de la philosophie, de la religion, etc...

Plus simplement et par l’exemple : 

  • Concevez-vous que le gardien de mouton péruvien et son chien puissent être semblables à ceux de votre voisin et son westie ?
  • Concevez-vous que les rapports entre le marchand de chiens et ses "denrées vivantes" puissent être semblables à ceux qui vous lient à votre bichon frisé ?
  • Savez-vous que la place de l’animal dans notre société judéo-chrétienne n’est pas la plus enviable ?
  • Savez-vous que la tolérance à la douleur est plus faible chez le cheval que chez le mouton ?
  • Admettez-vous que le niveau de la médecine et de la chirurgie soit différent d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre, d’une période de l’histoire à une autre ?
  • Admettez-vous que certains même parmi vos voisins considèrent l’animal comme un objet, d’autres comme une mécanique et peut-être vous comme un membre de la famille ?
Pour les adeptes de la morale utilitariste, l’euthanasie de l’animal ne les empêchera pas de dormir, car pour eux les non-humains ne méritent de considération que s’ils sont utiles à l’homme, certains n’hésitant toujours pas à les noyer, les fusiller ou les assommer. Par-contre si pour vous l’animal est un être sensible qui protège votre santé physique ou psychique, l’euthanasie mal abordée engendrera colère, culpabilité, dépression voir même choc émotionnel.

Quelle que soit votre position, il est maintenant admis, grâce aux pression des SPA que l’animal objet ou sujet a droit au bien-être, et le législateur l’a compris : la loi du 14/8/1986 modifiée par celle du 4/5/1995 prévoit que "un vertébré ne peut être mis à mort que par une personne ayant les connaissances et les capacités requises et suivant la méthode la moins douloureuse". À mon sens, seul le médecin vétérinaire, celui que vous avez choisi parce qu’il considère l’animal comme vous le faites, celui qui lui a apporté les soins médicaux et chirurgicaux que vous souhaitiez, seul ce vétérinaire sera capable d’offrir à votre protégé le dernier moment qui vous convient le mieux afin de mettre un terme en douceur à votre relation homme-animal.

Ce n’est pas pour rien qu’en l’absence de votre vétérinaire, le vétérinaire de garde hésitera toujours, sauf raison humanitaire, à pratiquer l’euthanasie, car seul le vétérinaire traitant est à même de connaître l’impact affectif et social de votre animal sur vous. L’euthanasie de votre animal, de compagnie ou d’"utilité", est déjà un cas de conscience et, pour les animaux abandonnés, les rejetés de la société, ceux pour qui les SPA se battent, etc...

Comment aborder l’euthanasie ?

Dans notre société, des gens au grand cœur, sensibles, respectueux, amoureux de la vie ont sacrifié argent et loisir pour combattre le mal-être animal. Ces protecteurs se sont regroupés en sociétés de Protection Animale. Celles-ci ont pris l’habitude de recueillir les indésirables pour leur offrir de conditions de logement enviables, mieux aussi, des soins vétérinaires prophylactiques et curatifs, médicaux et chirurgicaux.

Certes ici aussi le refuge est un reflet des aspirations de la population, de la région, de la mentalité et de l’influence (participation) des pouvoirs publics. Chez nous, l’animal de compagnie joue un rôle des plus importants, nos SPA ont confié la guidance et les soins du refuge à des médecins vétérinaires à qui la SPA demande d’apporter avec bon sens une solution à la souffrance animale. Le vétérinaire agira en âme et conscience, de manière optimale avec les moyens qu’on lui donne. Il pourra se faire aider par le personnel à qui il peut confier, sous sa responsabilité, certaines tâches telles que tatouage, hygiène des plaies, changement des pansements, administration de médicaments, etc... Il sera aussi attentif aux manipulations des animaux par le personnel afin d’éviter au maximum le stress, l’angoisse, l’anxiété des animaux, même jusqu’au seuil de la mort.

Accepteriez-vous encore aujourd’hui : 

  • que les animaux du refuge soient stockés "à la ferme des boues" dans des cages obscures, mal ventilées, mal chauffées ;
  • que les blessés ou malades soient systématiquement euthanasiés ;
  • que votre chat soit castré sans anesthésie ;
  • que les plaies et fractures des chiens amenés par le service d’urgence ne soient pas soignées immédiatement ?
Concevez-vous : 

  • que l’animal puisse être stressé, anxieux, inquiet ;
  • qu’on puisse le laisser sans contact humain, sans réconfort ;
  • qu’on puisse le conduire à l’euthanasie comme on conduit sans ménagement l’animal de boucherie au sacrifice ;
  • que la décision d'euthanasie au refuge soit prise par une autre personne que le vétérinaire ;
  • que le vétérinaire décide l’euthanasie mais refuse de la pratiquer ;
  • que ce médecin vétérinaire puisse encore utiliser des curarisants ou convulsifiants en lieu et place d’hypnotiques, anesthésiques, etc ? 
Certes je dois reconnaître que la mort par balle tout comme "l’abattage rituel" pratiqué par un sacrificateur professionnel engendre l’inconscience en une fraction de seconde, mais êtes-vous à ce point pressé de le voir partir, n’avez-vous pas quelques minutes supplémentaires à lui consacrer, vous qui vous battez et qui cotisez pour une constante amélioration du statut animal ?

Qu’il soit animal de compagnie, de rente, de sport, délaissé ou abandonné par ses maîtres, vous avez créé un refuge au nom d’une idéologie, vous exigez pour eux la médecine, la même chirurgie que pour vous, vous vous battez pour le respect de leur bien-être... Ne trouvez-vous pas alors préférable, le dernier moment venu, de lui offrir le droit de s’endormir sous l’effet d’une narcose progressive plutôt que par toute autre mort brutale qui laissera toujours planer doutes et remords ?

Et après ?

Après ce dernier moment, après ce dernier geste, que faire du corps de l’animal ? Il vous reste un dernier geste à accomplir : enterrer l’animal dans votre jardin ou dans un cimetière animalier, l’incinérer ou le naturaliser ou fermer les yeux et faire appel aux sociétés d’équarrissage. Ici aussi le vétérinaire a un rôle important à remplir, car il est le premier confronté aux manifestations extérieures du propriétaire : refus, colère, culpabilité, échec, impuissance... Le vétérinaire doit aider son client psychologiquement et le conseiller judicieusement en fonction de toute une série de critères. De plus en plus de nos jours l’aspect financier est de premier ordre, car on a beau aimer, on est forcé de compter.

Comme face à l’euthanasie, il faut tenir compte du rapport entre le propriétaire et son protégé, rapport variable d’une région à une autre, d’une culture à une autre, etc... qui engendre des expressions sociales du deuil très différentes. La réaction varie aussi selon le type de décès : le choc émotionnel du propriétaire est plus important lors de mort brutale (accident, empoisonnement,...), par-contre au terme d’une longue et pénible maladie, le propriétaire en veut parfois à son animal de l’avoir quitté ou au vétérinaire de n’avoir pu post-poser davantage le décès, d’autres cas plus rares refusent même d’accepter la mort au point de se déplacer avec un cadavre pour demander des soins urgents.

Le vétérinaire a appris à prendre son temps, à être patient, à ne surtout pas banaliser la disparition, ni à tenter d’atténuer la peine du propriétaire, à le laisser pleurer sans honte. Rappelons-nous cette maxime de plus en plus d’actualité pour beaucoup d’entre nous : "Un seul être vous manque et tout est dépeuplé". Psychologie, bon sens et humanité doivent toujours être au rendez-vous. C’est pourquoi beaucoup de vétérinaires prennent la dépouille en charge pour cette dernière démarche. La loi le prévoit et l’y autorise.

Un cadre législatif strict

Il est par contre illégal de confier le cadavre à d’autres intermédiaires (collecteurs, transporteurs, etc...) sauf si ceux-ci bénéficient d’une autorisation (agrément) du gouvernement. Et pourtant, de plus en plus d’intermédiaires s’emparent de ce créneau pour vous offrir à des tarifs très variables la prise en charge de la dépouille qui est chargée dès son dernier souffle avec ménagement et attention dans un véhicule adapté pour être transféré ensuite, loin de vos regards, vers un lieu de transit qui est rarement une chambre froide mais plus souvent un container en attendant l’inévitable prise en charge par les usines de pré-traitement, d'élimination ou de valorisation des "déchets animaux". Est-ce une fin digne pour votre animal ?

Pour les personnes ayant chéri leur animal comme un humain, faire appel aux sociétés d’équarrissage est un calvaire. Ces sociétés de récupération, payés par l’État, travaillent sur répondeur, il n’y a même pas une voix compatissante pour vos réconforter. Elles vous envoient 24 à 72 heures plus tard un personnel, certes courageux et correct, mais qui agit sans le moindre sentiment et qui est obligé de déballer la dépouille qu’il traîne alors à même le sol avec un crochet, de votre jardin à la porte d’entrée puis traverse la rue jusqu’au camion malodorant et charge le cadavre au moyen d’un grapin. Quel spectacle !

Loin de moi l’idée malsaine d’agiter la corde sensible des anthropomorphistes ou de cautionner les utilitaristes sans vergogne qui se débarrassent des cadavres sur un talus ou dans un sac ICDI. Par contre, je dois vous rappeler ceci : le propriétaire d’un animal de compagnie a le droit d’enfouir le cadavre "dans un lieu dont il a la jouissance", c’est-à-dire dans son jardin par exemple. La loi le permet, elle est parue au Moniteur Belge le 08/01/1994, c’est un Arrêté du 21/10/1993 du gouvernement wallon relatif "aux déchets animaux". Et oui, c’est dans cette rubrique que sont insérées les mentions "cadavres de vos animaux".

Je relève néanmoins que dans cette loi du 21/10/1993, la région wallonne donne cette définition des animaux de compagnie : "animaux tenus par l’homme dans ou autour de sa maison et soignés pour son plaisir". Il vous serait alors possible d’enfouir le poney ou la chevrette naine qui ont fait dans votre jardin le plaisir de vos enfants, et bien non, car la loi considère "tous les solipèdes, bovins, caprins, ovins et volailles" morts comme "déchets animaux à haut risque", c’est-à-dire susceptible de présenter des risques sérieux de propagation de maladies transmissibles aux autres animaux ou à l’homme  Conclusion : l’enfouissement est interdit !

Des alternatives plus "humaines" existent

Répondant au souhait de certains, des cimetières ont été créés et tout le cortège des services liés à l’inhumation allant de l’enlèvement à domicile, fourniture d’une trousse, d’un cercueil, pierre tombale, plaque d’identification, entretien annuel de la sépulture, etc... de 600 à 750 euros ou plus encore si vous souhaitez un monument funéraire dans un coin chic, là où les curieux doivent payer pour visiter (!).

Restent ceux qui souhaitent naturaliser leur protégé en le confiant à des taxidermistes. Au terme de 2 à 4 mois de patience et de travail, ceux-ci auront tenté de redonner à la dépouille l’attitude et l’expression les plus proches possible du souhait du propriétaire pour une somme allant environ de 250 à 750 euros. 

Incinérer individuellement avec récupération des cendres ou incinérer collectivement afin de rendre cet acte financièrement accessible à tous est une solution pour ceux qui n’ont pas de jardin ou qui ne peuvent accepter ou investir dans l’inhumation. Que l’animal ait fait partie intégrante de votre vie ou ait été l’objet auxiliaire de votre travail, vous n’aurez plus besoin de faire appel aux collecteurs de dépouilles et au cycle industriel, c’est propre et bien fait, le feu purifie tout et ne sera pas comme l’équarrissage source de votre désespoir ou de vos angoisses.

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Source inconnue

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